Origines du mot et du nom "TASSEL"

L'expression "Compagnie Tassel"


Connaissiez-vous cette expression qui semble dater du XIIème siècle ?


Elle ne figure initialement que dans de très rares ouvrages, dont le célèbre "Roman de Renart" ou la "Chronique des ducs de Normandie". Cette expression demeure à ce jour une véritable énigme littéraire.

Auteurs et traducteurs se sont questionnés et ont émis des hypothèses, nous allons également suggérer certaines pistes.


Mais pour commencer, voici le sommaire des différentes hypothèses plausibles :


SOMMAIRE

  1. Les sources où l'on retrouve cette expression
  2. L'arrivée des mercenaires en Normandie
  3. Un gardien peu recommandable dénommé "Taisson"
  4. La rivalité entre le Duc de Bavière Tassilon III et Pépin le Bref
  5. Le blaireau ("taisson" en ancien français) personnage animalier dans les fables
  6. L'expression "former des barbes"
  7. La réputation peu engageante du chardon et les expressions associées

1) Les sources :


Chronique des Ducs de Normandie

On voit apparaître cette expression pour la première fois dans la "Chronique des Ducs de Normandie" de l'auteur "Benoît".

Elle a été commandée par le roi d'Angleterre Henri II et composée en 1175.


(plus de détails).



Dans le tome II, p 3, Hugues-le-Grand répond à Bernard le Danois :


Servi m'a d'estrange gastel ;

C'est la compaignie Tassel

Qu'il m'a faite, com à musart.


(ceci se passait en 945)



Le roman de Renart

Ensemble de récits animaliers rédigés (en ancien français et en vers) par différents auteurs à partir de 1174 et jusqu'en 1250


(plus de détails)


        Primaut, par foi,

Ne me portés pas bone foi.

Foi que je doi mon fil Rovel,

C’est la compaignie Tassel

Que vous me fetes voirement.


(Méon, vers 3819.)



Le lay de l'espervier

232 vers octosyllabiques à rimes plates datant du début du XIIIème


Vartilas, dit-il, ce sachiez

Que ce jeu ne m’est pas bel:

C’est la compagnie Tassel

Que vos me fêtes, ben le voi.


Dans "La Puce à l'oreille" : Anthologie des expressions populaires avec leur origine, l'auteur Claude Duneton, mentionne Godefroid qui lui-même cite "Le lay de l'espervier" et tente de fournir une explication :






2) L'arrivée des mercenaires en Normandie


Cette expression pourrait bien dater du 12ème siècle, le roman des ducs de Normandie a été écrit en 1175 et durant cette période les mercenaires brabants, écossais sillonnaient la Normandie depuis 1137, depuis l'arrivée de Guillaume d'Ypres.


Étienne d'Angleterre

[source wiki]


En mars 1137, Étienne d'Angleterre se rend en Normandie et y passe pratiquement toute l'année. En mai, son fils Eustache rend hommage pour la Normandie au roi de France Louis VI Le Gros. L'année précédente, Geoffroy Plantagenêt avait envahi le sud-est du duché et forcé les barons normands qu'il avait sous son contrôle à faire serment d'allégeance à sa femme, l'Emperesse. Il avait installé un poste avancé à Argentan. En juin 1137, Étienne vient à Lisieux avec l'espoir d'assiéger le comte d'Anjou à Argentan, mais des divisions dans son camp entre ses mercenaires flamands, sous le commandement de Guillaume d'Ypres, et les Normands l'obligent à abandonner ce projet (à mon avis l'origine de l'arrivé des TASSEL dans le secteur d'Orbec Lisieux.)


En 1125, il épouse Mathilde de Boulogne (v. 1103-1152), fille et héritière du comte de Boulogne Eustache III et de Marie d'Écosse. Le comté de Boulogne est un comté autonome de la Flandre. Il a pour avantage d'avoir des ports sur la Manche (notamment Wissant) qui permettent d'en contrôler le trafic. En plus du comté, Étienne acquiert aussi l'honneur de Boulogne, un ensemble de domaines acquis par Eustache II de Boulogne en Angleterre (principalement dans l'Essex) et dans le sud-est de la Normandie. Eustache III abdique en faveur de sa fille, et Étienne devient comte de Boulogne en droit de sa femme. Ils règnent sur le comté jusqu'en 1146-1147, date à laquelle ils le transmettent à leur fils aîné Eustache. L'énergie de sa femme lui sera d'un grand secours durant les heures les plus dures de la guerre civile.



On pourrait donc penser que la région de Cormeilles/Blangy-le-Château et Moyaux soient à l'origine du développement du nom sur toute la Haute-Normandie , je pense que le lieu TASSEL, à Jouveaux est apparu vers 1137, (voir compagnie TASSEL),avec des déserteurs de compagnies de Guillaume d'Ypres, le nom est surement originaire de Flandres, peut-être l'île de TEXEL, je pense aussi que le mercenaire CADOC, a joué aussi un rôle dans cette implantation, puisque qu'on le retrouve présent dans cette région de Cormeilles/Pont-Audemer, le fief de LILLETOT (Fourmetot) et aussi dans la région de Pacy-sur-Eure/Vernon, qui est l’autre région ou l'on retrouve le plus le nom vers 1200. On peut aussi rappeler le rôle de Guillaume de Bailleul seigneur de Bailleul-la-Vallée, qui paya la caution pour libérer le célèbre CADOC. Présent aussi à Créstot (27), près du Thuit-Signol.



Guillaume d'Ypres

[source wiki]


Guillaume d'Ypres (ers 1090 - 24 janvier 1162, 1164 ou 1165, abbaye Saint-Pierre de Lo), burgrave d'Ypres puis gouverneur du Kent, fut un prétendant malheureux à la succession du comté de Flandre en 1119 puis en 1127-1128, et joua un rôle important en tant que capitaine de mercenaires pour le roi Étienne d'Angleterre durant la guerre civile pour la couronne d'Angleterre.


Il est le fils illégitime de Philippe d'Ypres et d'une concubine, et le petit-fils de Robert Ier († 1093), comte de Flandre. Son père atteste quelques chartes sous le titre de comte d'Ypres. Galbert de Bruges cite un passage d'une lettre de Louis VI de France disant de lui: «illégitime, né d'un père noble et d'une mère roturière qui continua toute sa vie durant à carder la laine». Vers 1119, il épouse une nièce de Clémence de Bourgogne, l'épouse de Robert II de Flandre. Aucun n'enfant de lui n'est connu. Il succède à son père avant 1118, mais n'hérite pas du titre comtal. Banni de ses terres natales, Guillaume émigre probablement à la cour d'Angleterre peu après qu'Étienne d'Angleterre (1135-1154) se soit emparé du trône. Il est probablement au service royal dès 1136, et en 1137 il est déjà un membre important de l'entourage du roi. En 1137, il est envoyé par Étienne en Normandie à la tête de mercenaires flamands, pour contrer une campagne du comte d'Anjou Geoffroy Plantagenêt. Il acquiert une réputation d'homme violent et impitoyable, notamment à partir de cette campagne pendant laquelle ses troupes de mercenaires effraient l'aristocratie normande. Ces mercenaires continuèrent de venir jusqu'a la prise de châteaux gaillard, et un célèbre mercenaire brabant Lambert Cadoc ou Kadoc, aida avec ses routiers, Philippe Auguste à la prise de châteaux Gaillard, et en remerciement lui donna les fiefs des seigneurs de Tosny (territoire immense Conches, Bolbec...), en plus de sa seigneurie de Gaillon.



Cadoc est présent aussi dans la région de Pont-Audemer, la ville est prise par Philippe Auguste en juin 1204 et se voit accorder une charte communale. Le roi y installe le siège d’un bailliage tout spécialement pour un de ses hommes de mains, Lambert Cadoc, chef d’une bande de routiers, peu fréquentable, qui s’était mis au service du roi de France lors de l’annexion du duché de Normandie. Il pressura la ville et ses habitants, multipliant taxes et détournements. Les pontaudemériens allèrent se plaindre au roi qui releva Cadoc de ses fonctions et supprima, vers 1219/1220, le bailliage qui fut par la suite rattaché à celui de Rouen.

Ce qui est intéressant avec Guillaume d'Ypres, c'est qu'en 1137 dans la région de Livarot, ses troupes de mercenaires flamants, et normands se disputèrent et se dispersèrent dans la région.

Livarot se situe dans la vicomté d'Orbec, à mon avis l'origine du nom en Normandie, je vous rappelle que le lieu "Tassel" se situe sur la commune de Jouveaux, faisant partie également de la vicomté d'Orbec...

Pour ma part je situerais l'arrivé du nom Tassel en Normandie en 1137, surement originaire de la région d'Ypres, Cassel en Flandres.



Un peu d'histoire sur Lambert CADOC


[source wiki]


Lambert Cadoc appelé également Seigneur de Gaillon est un chef de routiers du XIIe siècle, au service de Philippe Auguste.

Recruté au Pays de Galles par Richard Cœur de Lion pour combattre le roi de France, il change très vite de camp avec sa troupe de mercenaires.


Durant 20 ans, il participe à la plupart des guerres de Philippe Auguste. Il s’illustre notamment lors de conquête de la Normandie, en étant l'un des grands artisans de la prise de Château Gaillard en 1204. Le roi le récompense largement en fiefs (Gaillon) et le nomme bailli Pont-Audemer. Cadoc vivra principalement à Gaillon mais si ce lieu est assez éloigné de son bailliage. Puis en 1220, il déplait au roi qui le dépossède de ses biens et le fait emprisonner.


Il reste 7 ans en prison. Mais Philippe Auguste mort, aidé par certains de ses amis fidèles, il est libéré par Blanche de Castille régente du royaume en 1227. Il meurt en 1231.

Ses origines familiales sont inconnues. On sait seulement que c'est un très bon archer d'origine galloise.

Il a un neveu, Barthélemy Cadoc qui est le fils de Jean 1er de Noës. Barthélemy est ecclésiastique en Normandie entre 1207 et 1250. Il est d'abord curé de Saint-Aubin-sur-Gaillon en 1215. Entre 1241 et 1248 il devient chanoine d'Evreux et fait plusieurs transactions foncières durant cette période.

Il est marié et a eu au moins une fille qu'il maria à un chevalier Normand. Il s'agit d'un nommé Gervais, chevalier de Montreuil-l'Argillé canton de Broglie. La lignée des Jean de Gaillon (I, II, III …) sont des descendants de Lambert Cadoc. Jean I de Gaillon pourrait être un de ses fils.

Barthélemy de Roye Grand chambrier de France (l'un des personnages les plus importants de la cour) de Philippe Auguste et Louis VIII a croisé la vie de Cadoc à de nombreuses reprises. en 1205 Cadoc se porte garant des engagements de Barthélemy de Roye lorsqu'il marie sa fille Alice à Jean fils du comte de Breteuil-Leicester (voir alliance Dammartin) Barthélemy de Roye a participé à sa libération en 1227.

En 1227 Guillaume d'Aubevoie (TOURNEBU, voir localisation en France) fait partie de ses amis qui cautionnèrent le surplus de sa dette pour permettre sa libération; Il a des fiefs à Lilletot(Fourmetot) et Crestot(27).

Guillaume de Bailleul seigneur de St Pierre de Bailleul cautionna Cadoc vers 1220 pour 100l, peut-être le même seigneur que Guillaume de Bailleul à Bailleul-la-Vallée(27), qui possédait des fiefs à Coquainvilliers(14) et Jouveaux(27).



Troupe de mercenaires

Cadoc et ses hommes sont d'origines des galloises. Ils sont recrutés par Richard Cœur de Lion qui les emploie dans sa guerre contre la France. Mais la haine des Galois pour les Normands et les saxons les fait passer du côté de Philippe Auguste. En 1202, 1203, Cadoc était à la tête de 300 Routiers payés par Philippe Auguste "1000 livres par jours". Les mercenaires sont principalement des hommes à pieds possédant un armement homogène. Ils s’installeront, au moins pour une partie d'entre eux, à Gaillon avec Cadoc.


En plus d'être un redoutable mercenaire, notamment pour la prise de place forte, Cadoc était présent sur les eaux. Il est propriétaire d'un navire de 100 tonneaux pour lequel le Philippe Auguste donne un permis de navigation en 1213. Philippe Auguste le charge également de surveiller l'embouchure de la Seine (à mon avis à pont Audemer).


1194-1200 Au service de Philippe Auguste contre le roi Richard

Au début de l'année 1194, Philippe Auguste profite de l'emprisonnement de Richard Cœur de Lion pour attaquer la Normandie. Il s'empare du château de Gaillon défendu par le chevalier Geoffroy Braket, et en confie la défense à Cadoc. De retour en Angleterre en mars 1194, Richard contre-attaque rapidement. Il débarque en Normandie 12 mai 1194 pour affronter le roi de France. Les mercenaires sont présents des deux côtés. La troupe de Cadoc est au service du Philippe Auguste. Quand à Richard, il paye les services des routiers de Mercadier. Les troupes de Mercadier sont mieux organisées que celles de Cadoc. Les batailles tournent à l'avantage du roi d’Angleterre qui reprend Loches et vole les chartes du Royaume de France le 3 juillet 1194 à Fréteval.

Le 14 janvier 1196, le traité de paix ratifié à Gaillon entérine certaines conquêtes de Philippe dont celle de Gaillon. Quelques mois après le traité de Gaillon le conflit reprend. Richard Cœur de Lion assiège Gaillon dont Cadoc est le châtelain. Cadoc repère Richard du haut de la tour, et le blesse avec un trait d’arbalète. Le trait atteint Richard au genou et tue son cheval. Richard, blessé, doit rester au repos durant un mois. Il lève le siège de Gaillon.

Dès 1197, Cadoc devient seigneur de Gaillon. Philippe Auguste le rémunère ainsi pour ses services dans sa guerre contre le roi Richard. Cadoc devient ainsi homme lige du roi de Franc et il se devra de servir à ce titre avec 4 chevaliers.


1203-1204 Au service de Philippe Auguste contre le roi Jean

Suite à la mort d'Arthur en 1203, Jean sans Terre, vassal du roi de France pour la Normandie, est jugé par la cour des Pairs de France. Elle le condamne à mort et le dépossède de la Normandie. Jean resté en Angleterre ne se soumet, naturellement, pas à ce jugement. En 1203 Philippe Auguste attaque donc la Normandie avec une armée où Cadoc va s’illustrer. Philippe Auguste s'empare rapidement de plusieurs places fortes et de l'île d'Andelys mais le siège de Château Gaillard commencé en août 1203 s'éternise. Après 7 mois de siège, à la fin de l'hiver, le château comporte toujours 3 remparts successifs qui restent à prendre. Les défenseurs commandés par Roger de Lascy n'ont aucune envie de se rendre. Une nuit, Cadoc accompagné de 300 hommes réussi à escalader la première muraille. Ils utilisent pour cela des échelles, des cordes ainsi que leurs poignards pour se creuser des prises. Le bruit réveille les défenseurs, et d'âpres combats commencent. Mais les troupes de Cadoc réussissent à faire écrouler une tour qui permet à des renforts d'arriver. Le premier rempart est pris. Cadoc s'attaque ensuite au suivant. Une fenêtre servant à éclairer une chapelle est repérée. Durant une autre nuit un certain Bogis, grimpe la muraille jusqu'à la fenêtre. Il tend ensuite une corde pour permettre aux autres de monter. 60 hommes de Cadoc se cachent dans la chapelle. Ils enfoncent ensuite les portes et commencent un dur combat contre les 150 chevaliers de la garnison. Pendant que certains combattent, d’autres réussissent à faire rentrer des renforts en baissant un pont-levis. Devant l'afflux d'assaillants, les hommes Roger de Lasci se réfugient dans la troisième enceinte. Le château tombera en mars 1204. Sans doute pour le remercier de ses exploits, le roi de France confit la garde de de Château Gaillard à Cadoc.

En 1204, il participe également à la conquête de l'Anjou. Il prend, notamment, la ville d'Angers avec Guillaume des Roches.


1204-1210 Châtelain et bailli

En 1204, suite à la conquête de la Normandie, Cadoc récupère une partie des deux fiefs qui composaient le domaine du chevalier Gilbert d'Auteuil dont le moulin d'Auteuil. Ces biens sont à Aubevoye proche de Gaillon. Mais Gilbert d'Auteuil n'est pas totalement dépossédé de son fief. En 1208, il fera d'ailleurs un don important au chanoine de l'église de Gaillon crée par Cadoc.

En 1204, Philippe-Auguste lui donne aussi un fief important à Bosc-Roger. Cadoc en fera don à la collégiale de Gaillon lorsqu'il la fonde en 1205.

En 1204, Philippe Auguste nomme Cadoc bailli de Pont-Audemer. Il restera à ce poste 15 ans.

En 1205, Cadoc fait construire l'église St Antoine à Gaillon pour y placer des chanoines. Il donne des biens comme des rentes de blé via une charte (entre 1205 et 1208) signée par les évêques d'Evreux, de Lisieux et d'Avranches.

En avril 1205, Philippe Auguste donne à Cadoc la jouissance viagère de Tosny (Normandie). En effet, en 1204 Roger IV de Tosny, à cause de son soutien à Jean sans Terre, perd tous ses fiefs continentaux.

En mars 1207, Philippe Auguste ordonne à Cadoc, à Guillaume Poulain Châtelain de Rouen et à Richard de Villequier de laisser en paix les moines du Valasse et leur hommes.



Conquête de l'Auvergne

En octobre 1210 Cadoc entreprend une nouvelle action en tant que chef mercenaire du roi. En Auvergne, Une longue querelle oppose deux frères, fils de Robert IV comte d'Auvergne. D'un côté, Guy II, comte d'Auvergne; de l'autre l'Evêque Robert d'Auvergne, évêque de Clermont. Guy II, comte d'Auvergne dévaste l'abbaye royale de Mozac, et fait prisonnier l'évêque. En 1210, Philippe Auguste envoie des troupes au secours de l'évêque sous les ordres de Guy II de Dampierre seigneur de Bourbon avec l'archevêque de Lyon Renaud II de Forez et Cadoc. La guerre dure deux ans. En 1213 Philippe Auguste possèdera tout le comté d'Auvergne. Il en fera don à Guy II de Dampierre.


Bataille de Damme

En 1213, Philippe Auguste veut porter la guerre contre jean sans terre en Angleterre. Pour envahir l'ile, il constitue une flotte dont font partie les mercenaires de Cadoc. Une cuisante défaite, le 31 mai 1213, à Damme sur les côtes de Flandre lui fait renoncer à ce projet. Cadoc aurait été blâmé pour cette défaite, car il pillait la ville tandis que la flotte était attaquée dans port..


Bataille de Bouvines

Le dimanche 27 juillet 1214, a lieu la célèbre Bataille de Bouvines remportée par Philippe Auguste. Cadoc ne participa pas à cette bataille en tant que chef mercenaire. Mais, sans doute, comme seigneur de Gaillon avec 4 chevaliers conformément à son engagement pris en tant qu'homme lige du roi.


1214-1210 De retour dans ses terres de Normandie

En 1214, il assiste au jugement concernant la succession de Raoul Taisson.

En juillet 1216, Philippe Auguste donne à Cadoc la place du vieux Château de Rouen moyennant 30 livres de rente.

En 1217, Philippe Auguste donne à Cadoc la terre de Jean de L'Ile, dans la bailli du Vaudreuil (Normandie) ainsi que Sainte Anastasie dans la bailli D'Exmes (Normandie).


1220-1227 Emprisonné par Philippe Auguste

Cadoc fait tache au milieu des autres baillis de Normandie qui ont la réputation d'être justes et peu corrompus. Seigneur de Gaillon et bailli de Pont-Audemer, Cadoc vole et exproprie sans vergogne durant 15 ans. Des représentants de Pont-Audemer se plaignent de ses actes auprès du Roi. En 1207, Philippe Auguste lui écrit de ne plus inquiéter les moines de l'Abbaye du Valasse. De plus, il est accusé d'avoir volé 14 200 Livre parisis au Trésor Royale. En 1219 ou 1220, des troupes de Philippe Auguste prennent d'assaut le château de Gaillon. Cadoc est arrêté. Il perd ses biens et sa fonction de bailli. Il restera emprisonné durant 7 ans. 14 200 L. parisis représente une somme énorme quand on sait que les recettes du royaume de France (autour des années 1203-1205) sont estimées entre 70 000 L. parisis pour une année de paix et 130 000 L. parisis pour une année de guerre.


1227-1231 Libéré

En août 1227, Blanche de Castille libère Cadoc. Pour payer sa dette, il s'engage à donner à la couronne toutes ses possessions immobilières (Gaillon, Tosny, le moulin d'Auteuil,...). Ses amis dont, Guillaume d'Aubevoie, cautionnent le surplus de sa dette. L'évêque d'Evreux, Richard de Saint-Léger, et le rédacteur de la charte de sa libération. Il est prévu d'excommunier Cadoc s'il ne tient pas parole. Le chambrier Barthelemy de Roye fait partie des signataires.

En 1129, Cadoc est pensionnaire à l'abbaye de Saint-Denis où il passe, sans doute, la fin de sa vie.


Il meurt en 1231..




Pour revenir à "la compagnie Tassel", on retrouve par rapport au texte de l'époque Tristan et Yseut (1175), le roman de Renard (1170), chroniques des ducs de Normandie(1175), le mot dans les trois textes, ce qui voudrait dire que cette compagnie est antérieure à cette date, donc cela correspondrait bien avec l'arrivée des mercenaires de guillaume d'Ypres en 1137 en Normandie.


Comment se sont formées les "grandes compagnies" ?


Au moyen-âge, dans de nombreux pays d'Europe (France, Allemagne, Angleterre..) le brigandage est très présent sous toutes ses formes. Cela peut aller de la simple bande poussée par la famine à de véritables armées particulièrement organisées, avec à leur tête des barons ou des nobles, et auxquelles les rois feront largement appel lors de leur campagnes.

Commettant des actes ignobles (pillages, viols, meurtres...) leur réputation est telle que se forme autour de ce phénomène un vocabulaire très étendu pour le décrire.

Certaines armées, compagnies ou associations de brigands deviennent ainsi tristement célèbres, par exemple les Brabançons recrutés dans la province du Brabant par Guillaume d'Ypres en 1135 pour le compte d'Étienne de Blois.


Voir ce document très bien détaillé sur la criminalité au Moyen-Age (site cosmovisions.com) qui relate les meurs de l'époque.


Pour ce qui nous concerne, le terme "compagnie" prend alors dans ce contexte un tout autre sens....



Les grandes compagnies

Ici encore, ce document retrace l'histoire des grandes compagnies (site cosmovisions.com)


Troupes de mercenaires, organisées et structurées, elles sont apparues au XIIème siècle. A la solde des souverains elles ont grandement participé aux guerres et conflit de l'époque. En temps de paix, elles ont continué à semer la terreur parmi la population.


On retrouve notamment à la tête d'une de ces armées, Cadoc seigneur de Gaillon (voir plus haut).

Parmi les plus célèbres, on peut citer la Grande Compagnie de Tard-Venus, la Compagnie Blanche, les Ecorcheurs...




3) Un gardien peu recommandable dénommé "Taisson"



Nouvelle étude sur le roman de Renart (Académie des Inscriptions et Belles-Lettres - 1860)






4) La rivalité entre le Duc de Bavière Tassilon III et Pépin le Bref


Tassilon (ou Tassilo) est le nom porté par trois ducs de Bavière au Moyen Âge : Tassilon Ier, Tassilon II, et Tassilon III le plus connu.


Tassilon III nait en 742, et meurt en 794. Il est le fils d'Hiltrude et Odilon de Bavière, c'est donc le neveu de Pépin le Bref et le cousin de Charlemagne :


Tassilon III (arbre généalogique partiel)


Un différend qui va persister entre Pépin le Bref et Odilon :

 

Pour résumer les faits, Pépin le Bref et Carloman se sont opposés au mariage de leur soeur Hiltrude avec Odilon de Bavière, les parents de Tassilon III. Hiltrude va se réfugier en Bavière et épousera Odilon malgré cette opposition.

Odilon de Bavière, Hunald de Gascogne et Griffon vont contester le partage du royaume franc et formeront une coalition de mécontents contre Carloman et Pépin le Bref.


A la génération suivante, avec Tassilon III :


Pépin le Bref reconnait Tassilon III comme duc de Bavière en 747. La Bavière, rattachée au royaume Franc depuis Clovis, est quasi autonome.

En 757, Tassilon III doit jurer fidélité à Pépin le Bref, devenant ainsi son vassal.


De 761 à 768, Pépin le Bref reprend l'Aquitaine non sans difficultés, après plusieurs campagnes acharnées contre le duc d'Aquitaine Waïfre (Gaifier) . Tassilon n'interviendra pas pour l'aider : ce qui pourrait être la source de l'expression "compagnie Tassel". C'est l'hypothèse proposée par Jacob Grimm (l'un des frères Grimm) dans "Reinhart Fuchs" (voir extrait ci-dessous).

Pépin meurt de maladie en 768, après avoir partagé le royaume entre ses deux fils, Charlemagne et Carloman Ier.


Charlemagne, le fils de Pépin, devient roi des Francs à partir de 768.

Il mène une campagne militaire contre Didier de Lombardie, père de Liutberge.

En 774, Didier capitule et le royaume des Lombards en Italie est annexé par Charlemagne, au plus grand mécontentement de Liutberge qui entrainera sans doute son mari a s'opposer à Charlemagne. Toutefois Tassilon III n'entrera pas en guerre au côté des Lombards.

En 776 la Bavière se retrouve isolée et encerclée, de par l'annexion du royaume des Lombards, puis du Frioul.


Au début du règne de Charlemagne, Tassilon III agrandit son duché par l’annexion des slaves de Carinthie. En 781, Charlemagne n’apprécie pas cette action indépendante et oblige Tassilon à renouveler son serment de fidélité au roi des Francs et à livrer des otages. Mais la persistance des contacts entre Tassilon et Didier, ennemi de Charlemagne, conduit à l’arrestation de Tassilon en 787.


En 788 Tassilon est d'abord condamné à mort (forcé d'avouer tous les crimes qu'on voulait bien lui reconnaître) puis gracié (en raison de son lien de parenté), Charlemagne lui impose de devenir moine, ainsi que les membres de sa famille; Tassilon entre à l'abbaye Saint-Pierre de Jumièges.

En 794, Charlemagne le fait renoncer publiquement à tout pouvoir. Tassilon III de Bavière abandonne officiellement tout droit au trône de Bavière, pour lui et toute sa famille.


Tassilon III - plus de détails sur wiki



On comprend que les récits de l'époque ont certainement glorifié les conquêtes de Pépin le Bref et Charlemagne, et par la même, accusé Tassilon de leur avoir "fausser compagnie", même si la réalité est somme toute plus complexe.


Voici les extraits à l'origine de cette hypothèse :

- Recueil de travaux d'érudition dédiés à la mémoire de Julien Havet (1853-1893) :


" Avec les guerres d’Allemagne, c’est la guerre d’Aquitaine, contre Waifar ou Gaifier, qui tint la plus grande place dans la vie de Pépin. Pendant huit ans les expéditions se succédèrent en Aquitaine, et, malgré les victoires et les dévastations de Pépin, la résistance opiniâtre de Gaifier ne cessa qu’avec sa vie. Le souvenir de Gaifier paraît avoir été entretenu par des bracelets d‘or incrusté de pierres précieuses, provenant de lui, que Pépin avait offerts à l’église de Saint-Denis, et qu’on y montrait encore au XIIIème siècle, les bous Gaifier. De là sans doute, l’origine de ces dépouilles étant oubliée, la renommée qui s‘attacha à Gaifier d’avoir été simplement un roi extrêmement riche : le trésor Gaifier est souvent mentionné dans les poèmes. Bientôt Gaifier de Bordele fut considéré comme un roi ami de Charlemagne : un poème qui a laissé ses traces à la fois dans Turpin et dans Gaidon (v. 232-234) le faisait mourir à Roncevaux et pleurer par Charles. Il n’est donc pas sûr que son nom renvoie à des poèmes perdus sur les guerres de Pépin en Aquitaine, ou il n’aurait pu jouer que le rôle d’un ennemi. — Il est plus admissible, quoique douteux, que la défection du duc Tassilon de Bavière dans une des campagnes de Pépin contre Gaifier (763) ait laissé son souvenir, provenant évidemment d'un poème, dans la locution qui fait de la compagnie Tassel le synonyme d'une association où l’un des associés est de mauvaise foi (2).


2. C‘est la conjecture qu’avait jadis émise Jacob Grimm (ReinhartL Fuchs, p. CXXIII), et que M. O. Schultz a exposée d‘une façon fort savante et ingénieuse dans un article de l’Archive für das Studium der neueren Sprachen (t XCI (1893), p. 241-247). La forme du nom, Tassel au lieu de Tassilon qu’on attendrait, Et l’expression compagnie, qui parait ne pas s‘appliquer ici avec une parfaite justesse, empêchent de la considérer comme assurée; "



- "Reinhart Fuchs" par Jacob Grimm l'un des frères Grimm (1785-1863), linguiste et collecteur de comptes de renommée mondiale :





- Annales Academiae Scientiarum Fennicae: Ser. B :


"Tassel, par rapport à Tassilo serait dû à une substitution de suffixe; des dérivés comme Tassart, Tassette, Tassine ne sont point rares en France aux XIIIe et XIVe siècles. Certes, continue M. Schultz, on pourra en tout cas penser à la possibilité..."





Par ailleurs, on retrouve le terme "herzog Tassel" (duc Tassel) dans plusieurs livres allemands anciens en caractères gothiques :

- Die deutschen Sagen des Mittelalters ("Les légendes allemandes du Moyen Age")


- Chronicon oder Beschreibung der Stadt und des Stiffts Bardewick, Vor und ...



L'étymologie du nom est également très intéressante :

Tassilo : (traduit de l'anglais - voir article wiki)


C'est un nom masculin de l'ouest de l'Allemagne, diminutif du nom Tasso (ou Tazzo). Tasso est lui-même le diminutif de Taginbert, originaire de l'ouest de l'Allemagne également, et qui signifie en anglais "glittering as the day" (brillant comme le jour).

Taginbert est constitué des mots "tag" (day / jour) et "beraht" (glittering / brillant), du vieux haut-allemand. Les racines proto-germaniques de ces mots sont "dagaz" (day / jour) et "berhtaz" (bright / brillant), et le nom Taginbert correspond au nom français Dagobert.


On retrouve le nom "Tasso", et son diminutif "Tassilo", (tout comme le mot "taxus" et son diminutif "taxillus").



5) Le blaireau ("taisson" en ancien français) personnage animalier dans les fables


Commençons par "Le roman de Renart" qui, à l'époque a un énorme succès populaire. Sous couvert de fables, c'est une véritable critique sociale et anticléricale, les aventures de Renart transgressent allègrement les meurs de l'époque.


Dans la fable (onzième aventure sur 60), Renart s'associe au loup Primaut (frère d'Ysengrin) et ils partent ensemble à la foire. Chemin faisant ils croisent un prêtre a qui ils échanges des habits contre un "oison". Primaut refusera ensuite de partager le volatile avec Renart qui lui reprochera amèrement de lui "fausser compagnie".


Les personnages :

  • Renart : le goupil, par le biais duquel l'auteur symboliserait le peuple. Suite à l'immense succès du roman, le mot "renard" a remplacé le terme "goupil" qui désignait auparavant l'animal en ancien français.
  • Ysengrin : le loup, qui correspondrait lui, à la bourgeoisie.
  • Grimbert, le blaireau : ici ami, défenseur et cousin de Renart, il symbolise le clergé.
  • Il est dans ce roman un ami fidèle, mais dans certaines fables de Marie de France qui ont inspiré le roman, il fait preuve d'une infidélité légendaire.


Les origines du roman de Renart sont variées et parfois très anciennes et diverses. Certaines sont issues du latin mais aussi de fables et légendes venant de tous continents. Ces fables précèdent celles de Jean de La Fontaine.



Les mots "taisse", "taisson", "tasson", (issus du gaulois "tasgos") étaient à l'époque utilisés pour désigner le blaireau. Cette proximité avec le mot "tassel" expliquerait, pour certains, l'emploi de l'expression "compagnie tassel".


"Taxidea taxus" est le nom scientifique du blaireau d'Amérique (proche du mot "taxilus" là encore).


Mais dans ce cas la majuscule à "Tassel" devrait logiquement être absente des écrits d'origine.

C'est la thèse soutenue ici :


Revue d'histoire de la philosophie et d'histoire générale de la civilisation, Volume 3




Le tout premier écrit comporte-t-il une minuscule ou une majuscule ? Est-il encore accessible ?





6) L'expression normande "former des barbes"

v. intr. - former des barbes ou des gerbes.


"Faire barbe de foin, de foirre, ou foarre, ou de paille, à quelqu'un , c'étoit l'insulter." (Oudin, Dict. et Cur. Fr. - Voy.Régnier, Satyre VI.)

St Julien, dans ses Mélanges historiques, p. 108, prétend qu'il faut dire gerbe, au lieu de barbe. Cependant cette façon de parler est encore usitée en quelques endroits de la Normandie, où l'on dit : "Faire barbe de feurre à quelqu'un", pour le recevoir mal, l'accueillir froidement. Faire à Dieu barbe.

"gerbe de feurre" c'est-à-dire donner à Dieu ce qu'on a de pis, une barbe d'épi, une gerbe qui n'a que la paille sans grain, quand on paye la dîme au curé. (Mousk. MS. p. 787.)


On disait proverbialement, "faire la gerbe de fouarre à Dieu" pour dire, "donner au Curé la plus meschante gerbe pour la dixme", celle où il n'y a que du fouarre, et peu de grain. On a employait autrefois "barbe", et par corruption, "Il ne faut point faire barbe de fouarre à Dieu" : proverbe signifiant qu'il ne faut pas parler de Dieu avec irrévérence (le mot "fouarre" désignant la paille de céréales).


Peut-être une relation aussi avec le cardère, qui à l'époque était cultivé dans notre région, et forcément celui qui le cultivait était mal vu, quand il payait la dime avec ! (voir cardère)



D'ailleurs ,on appel "tasseor" celui qui entasse les gerbes de la dîme.


Tasseor :

Celui qui entasse les gerbes de la dîme : " Se le veet le tasseor, Il le metteit à grant dolor, Il en voudroit avoir del vin. " (Cens. de Verson, V, 77.)


Pour résumer cette expression à la même signification que "la compagnie (à) tassel", que l'on employait à l'époque pour exprimer une "mauvaise compagnie".




7) Le chardon

Plusieurs expressions en rapport avec le cardère (chardon), s'utilisent couramment comme : "aimable comme un chardon" qui se dit d'une personne désagréable et revêche, ou bien "c'est un vrai chardon, qui s'y frotte s'y pique".


Mais une autre hypothèse à mon avis plus probable proviendrait du laneur, celui qui utilisait les chardons pour "laner" les draps. En effet, le mot lanner est intéressant, car il veut dire brosser, déchirer, et un mot se rapproche de laner, c'est le "lanier", qui a deux significations:

  1. Il désigne la femelle du faucon, qui déchire ses proies, c'est intéressant car le mot tassel en vieil anglais désigne un faucon !
  2. Un "lanier" ou "laner", veut dire un homme lâche, paresseux, ce qui correspondrait bien à cette définition de la compagnie Tassel.
Quelques définitions:

LANNER :

Apprêter, mettre en oeuvre la laine (aux Ord. VII, p. 514, an. 1402).


LANEUR :

Ouvrier en laine : " Robin Trebut povre varlet laneur de la ville d'Evreux." (JJ. 140, p. 208, an. 1391)


LANNEUR :

Ouvrier en laine : "Jaquemin Hermin de Nielle le Chastel, lanneur de draps, lequel lanneur requist." (JJ. 112, p. 113, an. 1377).


LANER :

Lâche. (Voir LANIER) : Avare, mesquin; lâche, poltron, lent, paresseux; de lana- rius; oiseau de proie qui a peu de courage, et qui étoit moins estimé que le faucon. "Car teus est povres qui a corages fers Et teuz est riches qui a le coeur laner." (Gérard de Viane, dans Du Cange, t. IV, fol. 20 c).


LANIER :

1° Nom d'un oiseau de proie qui est la femelle du laneret, et qui était un oiseau de leurre dans la fauconnerie, faucon lanier, falco lanarius, SCHLEGEL. Quoique Belon dise que le lanier était de son temps naturel en France, il est presque sûr qu'on ne l'y trouve plus aujourd'hui, BUFF. Ois. t. I, p. 352. Lanier cendré, le busard Saint-Martin ou busard soubuse (circus gallinaris, SAVIGNY).

2° Homme semblable au lanier, lâche, paresseux.


LAIGNER :

Se plaindre, murmurer, gronder (ici on retrouve la signification du mot en danois, suédois et norvégien "tissel och tassel" voir viking danois)



En patois normand le chardon à foulon se disait "CARDON-LANIER" !



HISTORIQUE (extraits) :


XIIe s. Mal dehait ait ! je le taing por lanier [lâche] Le gentilhomme, quant il doit tornoier, à gentil dame quant se va conseiller, Raoul de C. 44.


XIIIe s. De la trahison faire [elle] ne fu mie laniere, Berte, XII. ....Pensée auroit laniere Qui [à] si bele pucele monstreroit laide chere, ib. XX.


XIVe s. Le lannier ne vole fors aux perdris et aucune fois au connin et au lievre, et non plus, Ménagier, III, 2.


XVe s. Lequel estoit trop coustumier En chambre natée, loing de rue, En lieu d'aultour et de lasnier, De tenir des garces en mue, COQUILLART, Enquête de la simple et de la rusée.



ÉTYMOLOGIE :

Provenç. lanier ; ital. laniere ; du lat. laniarius, qui déchire, de laniare, déchirer, à cause que cet oiseau déchire sa proie. Raynouard, au contraire, le tire de lana, laine. Le fait est que lanier avait pris le sens figuré de lâche, sens qui semble mal s'accommoder avec laniare, déchirer. Mais on peut dire que le lanier était un oiseau qui n'allait qu'à la perdrix et au lapin, et qui n'attaquait pas le héron ; circonstance qui le fit prendre pour le type du paresseux, du lâche.





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